Un métier disparu : le goémonier

Un métier disparu… du moins dans la façon de le pratiquer : le goémonier

Vivant en Bretagne, il m’apparaissait difficile de ne pas choisir un métier en rapport avec la mer, d’autant que dans le cadre de recherches généalogiques, il m’a été donné de croiser cette profession saisonnière.

Iliennes au goémon, Mathurin Méheut

La profession de goémonier se pratique certes toujours dans nos jours, l’algue étant devenue l’or noir des fonds marins pour ses débouchés pharmaceutiques, agricoles, alimentaires et cosmétiques. Mais comment se pratiquait cette profession au siècle dernier ?

Parmi le varech (ce que rejette la mer) se trouve un élément précieux qu’est le goémon. Il s’agit de toutes les algues et herbes de mer bleues, vertes, brunes ou rouges, fucus et laminaires de toutes sortes qui, une fois séchées, ont favorisé l’essor des cultures maraîchères. Les algues, qui nécessitent un apport en lumière, prospèrent dans la zone littorale n’excédant pas 60 mètres de profondeur. Le jeu des marées, des tempêtes, du ressac et des courants en arrache une partie qui est alors transportée sur les grèves où elle se dépose. C’est là que la goémonier intervient.

Goémon de rive

De tout temps, les paysans du littoral utilisaient le goémon pour fertiliser leurs terres. D’un ramassage manuel sur la grève, on passa ensuite à une récolte sur les hauts-fonds du large, comme on la pratique de nos jours. Le labeur n’est pas le même. La pratique nécessita même que Colbert légifère à son sujet, dès 1681, en limitant la pratique aux seuls paroissiens du littoral, selon des critères bien précis que sont le ramassage de jour et la défense d’en faire commerce ou transport en dehors de la commune.

Pleubian (22) – Déchargement de goémon

Il faut imaginer que les hommes et les femmes qui pratiquaient le ramassage de goémon rentraient, en fin de marée, trempés et transis. Leur vareuse, robe ou pantalon d’épaisse flanelle désormais détrempés ne les protégeant guère contre un éventuel refroidissement.

Finistère – Ramasseurs de goémon

En Bretagne particulièrement, les pigouilliers comme on les appelait aussi, devenaient bouilleurs et gagnaient les dunes durant l’été. Sur le sable étaient établis de grands fours en forme de fossés, de 10 mètres de long, dont les parois et le fond étaient recouverts de pierres plates. On y brûlait le goémon durant de longues heures pour en tirer la soude qui entrait dans la fabrication du verre, du savon et des teintures (ce qui donna l’iode après la découverte de Courtois, en 1811).

En Bretagne, certaines îles formant l’archipel qui s’égrène à l’ouest du Pays de Léon (Béniguet, Lédenez, Trielen, Bannec) connurent une activité particulièrement riche pour le traitement du goémon, à tel point qu’à chaque printemps, une ribambelle de goémoniers venaient s’y installer le temps de la récolte.

Ils débarquaient avec chevaux et charrettes, ustensiles et ravitaillement, pour œuvrer le temps nécessaire. Leur logement était sommaire. Bien souvent, le goémonier dormait à même le sol sur une pauvre paillasse, dans des cabanes faites de pierres, de bois flotté ou de quelque épave providentielle.

Molène – Habitat des goémoniers

Alors, oui, le métier de goémonier existe toujours, mais voyez-vous, je pense pouvoir dire que sa pratique a beaucoup évolué… et méritait que l’on redonne la part belle à ceux de nos ancêtres qui ont eu à pratiquer cette activité au siècle dernier…

Sources :
www.molene.fr
www.patrimoine.bzh
www.culture.gouv.fr

Bibliographie : BERTHEAU Georges, Il y a un siècle les petits métiers de la mer, Rennes, Editions Ouest-France, 2007

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